LES DERNIERES NOUVELLES DE
BARBARA |
||
|
|
Une fois
de plus, Stéphane travaille au Caire. Pour la
première fois, je peux l'accompagner. En principe, nous y resterons
tout le mois d'août. Plutôt que d'envoyer des mails en série,
je profiterai du site pour donner quelques nouvelles.
Mardi 2 août : Un voyage en avion
n’est en principe, et lorsque tout se passe bien, rien d’exceptionnel.
Le passage des contrôles et autres barrières de sécurité
représente davantage une corvée tranquillisante que le début
d’un exotisme que promet la destination finale. Cette fois pourtant,
la succession de surprises que nous a réservée Air France,
a rendu le vol mémorable. Mercredi 3 août : Nous passons la journée à l’hôtel Sheraton où CGG nous offre deux nuits comme cadeau de mariage. Nouvelle surprise : le chef de Stéphane l’a appelé ce matin pour lui dire qu’il devait profiter du cadeau et n’aller travailler que le lendemain. Au cours du dîner, une charmante jeune femme donne un spectacle de danse du ventre sur fond de musique locale. Il s’agit certes d’une animation pour touristes, mais c’est plutôt beau à voir. Nous choisissons plusieurs entrées (mezzah) en guise de repas : hommos, taboulé à la manière libanaise, crème de feta aux épices, petits beignets à la viande. Le tout se mange avec un pain sans levain qui ressemble à une crêpe. Au petit déjeuner nous avions déjà découvert une variété de pain, le feeter, sorte de pâte feuilletée frite. Jeudi
4 août : Pendant que Stéphane travaille, je range
nos affaires dans l’appartement que nous partagerons durant ce mois
avec deux autres personnes, un pakistanais et un équatorien. Pour
l’instant je me retrouve avec une femme de ménage qui m’explique
mille choses en arabe et à laquelle je réponds en français.
Je suppose que nous nous comprenons. Vendredi 5 août : Le Musée
égyptien est ce que le Louvre est à Paris ; donc
incontournable. Trois heures de déambulations devant des statues
de pharaons, de leurs épouses, de dieux et déesses, de sarcophages
s’emboîtant les uns dans les autres, de stèles, de
papyrus et pierres gravées, de trônes et autres trésors
retrouvés dans les tombes. On (je ?) retiendra en particulier les
magnifiques bijoux en or décorés de pierres parfois précieuses
et les statues en albâtre. La pièce maîtresse du musée
reste le masque funéraire de Toutankhamon (11 kg d’or !)
qui recouvrait la tête de la momie du pharaon. Le masque reproduit
exactement les traits du visage du roi, afin que son esprit le reconnaisse
dans l’autre monde et l’aide à ressusciter. Mardi 9 août : Pas grand chose de neuf ces derniers jours. Stéphane travaille et j’en profite pour en faire autant, pour lire et me reposer : la chaleur est assommante et le changement de régime alimentaire provoque, malgré les précautions prises, quelques dérangements gastriques. En soirée nous découvrons les alentours. En dehors de la circulation automobile frénétique, l’ambiance générale est plutôt calme. Les gens font leurs courses dans des magasins qui semblent ouverts jusqu’à point d’heure, se rencontrent au restaurant (toutes les chaînes internationales de restauration rapide ont pignon sur rue !) et les jeunes exhibent leurs téléphones portables qui leurs servent également à se photographier. Tout cela ressemble énormément à la vie d’une ville européenne, sur fond de bâtiments vieillissant mal, du moins vus de l’extérieur, et généralement couleur de poussière. Les tenues vestimentaires, surtout celles des femmes, reflètent à la fois l’attachement à la religion musulmane et l’élan vers une mode internationale qu’exhibent les vitrines des magasins des marques mondialement célèbres : de la femme complètement vêtue de noir et laissant à peine paraître ses yeux, à la jeune fille en jean cachant tout juste ses cheveux sous un foulard coloré, toutes les variations sont présentes et donnent l’image d’une certaine liberté. Quant aux 17% de coptes (chrétiens d’Egypte), ils sont habillés à l’européenne et les jeunes filles portent souvent autour du cou la croix copte (quatre branches identiques). Jeudi 11 août : Son et lumière
sur les pyramides ?
Hier nous sommes sortis vers 20h pour prendre un taxi qui nous conduirait jusqu’au site des pyramides (Guizèh) où se donne chaque soir un spectacle de son et lumière. Après plusieurs tentatives, nous trouvons un chauffeur de taxi qui parle un peu anglais et qui a l’air d’avoir compris où nous voulons aller. C’est probablement la mauvaise heure pour se déplacer au Caire : nous tombons dans des embouteillages que ni les klaxons, ni les petits accrochages entre véhicules, ni les bus qui s’arrêtent pour déposer leurs passagers, n’améliorent. C’est pour nous une manière de découvrir la ville dont les grandes avenues sont bordées de magasins (vêtements, chaussures, électroménagers essentiellement) aux vitrines illuminées, brillantes et scintillantes et qui attirent la foule en ce début de soirée qu’un léger vent rend agréable. Il fait pourtant encore 33° et on se demande comment les nombreux fleuristes peuvent exposer, jusque sur le trottoir, d’aussi belles compositions de fleurs fraîches. Nous nous mettons à collectionner les petites cartes publicitaires que des jeunes jettent dans les voitures par les fenêtres ouvertes, mais elles ne sont écrites qu’en arabe. Vers 21h, nous commençons à nous demander si nous allons y parvenir avant le début du spectacle fixé à 21h30. Il nous fallait, en théorie, une bonne demi-heure de route depuis chez nous. Au moment où le chauffeur nous redemande notre destination, nous réalisons que lui non plus ne parle pas anglais et que visiblement il nous a conduit ailleurs. Enervé, il fait demi-tour et nous signale que le tarif convenu au départ augmentait de 10 LE (1 livre égyptienne vaut à peu près 1 franc. C’est étrange de repenser en francs). Ok. Au bout d’un certain temps, ne voyant toujours pas de pyramides à l’horizon, ni même une lueur du spectacle qui a déjà commencé, nous décidons de descendre du taxi. Le prix augmente encore, mais c’est toujours ainsi et ça donne la désagréable impression qu’on ne peut pas faire confiance à ces chauffeurs qui fixent un tarif au départ pour récupérer le client et annoncent autre chose à l’arrivée. Nous avons appris que le procédé était le même avec les Egyptiens et qu’il ne s’agissait pas d’une faveur réservée aux touristes. Il faut sans cesse discuter, négocier. C’est culturel, mais fatigant ! Après une balade, nous reprenons un autre taxi pour rentrer. La circulation est devenue un peu plus fluide et celui-ci roule très vite, doublant tantôt par la droite, tantôt par la gauche, insultant copieusement un autre automobiliste et subissant lui-même les queues de poisson des livreurs de pizza en scooter et les faces à faces avec les piétons qui tentent brusquement de traverser. Plongés dans l’ambiance par la musique de la radio locale dont le volume est au maximum, nous trouvons du charme à la traversée du Nil sur un pont très animé par les pêcheurs, les vendeurs ambulants et autres promeneurs. Plus loin, nous longeons les remparts de la citadelle qui semble encore veiller sur une ville illuminée en contre-bas. Ce spectacle n’est pas si mal. Les pyramides, ce sera pour un autre soir. Il est plus de 23h lorsque nous arrivons chez nous.
En soirée, promenade dans les ruelles du souk
el-Khalili. Ambiance sympathique dans ce dédale
de ruelles, royaume du marchandage, où l’on trouve de tout.
En s’égarant un peu, on découvre des échoppes
moins clinquantes que celles qui attendent les touristes, on aperçoit
un vieillard en train de préparer sa chicha (narghilés)
au fond d’une cours.
Au Naguib Mahfouz Café (du nom du prix Nobel de littérature de 1988, auteur de plus de trente romans dont la majorité est traduite en Français), nous dînons de spécialités orientales ; le taboulé et les falafals, croquettes à base de pois et enrobées de sésame, sont exquis ; le karkadé, tisane de fleurs d’hibiscus, un peu sucré à mon goût. Mais, nous quittons cet endroit issu des Milles et une nuits, parfumé par les tabacs aux mille senteurs des fumeurs de chicha, pour déambuler encore dans le souk avant qu’il ne ferme. Samedi 13 août : Nous partons vers 8h (c’est tôt, mais il fait encore relativement frais), pour l’exploration du vieux Caire, principalquartier copte de la ville. Copte, signifiant égyptien en langue copte qui est un des stades avancés de l’évolution du grec ancien. Les coptes sont les premiers égyptiens chrétiens convertis par l’apôtre Marc (à partir de 40 ap. J. C.) et célèbrent aujourd’hui encore la messe en langue copte en respectant une liturgie traditionnelle. Ils reconnaissent à la tête de leur église, depuis 451 ap. J.C., date de la rupture avec Constantinople, alors capitale des chrétiens d’Orient, le pape d’Alexandrie Chenouda III (depuis 1962). Longtemps persécutée, cette minorité est tolérée depuis le règne de Mohammed-Ali (XIXe siècle), mais subit toujours des discriminations et de doit se plier à certains impératifs de la religion musulmane (ne peuvent pas acheter ou consommer de l’alcool pendant le ramadan). Plusieurs églises orthodoxes ont été érigées dans ce quartier, dont certaines sur les lieux où Jésus est passé et s’est réfugié lors de la fuite en Egypte (Saint-Serge, Sainte-Barbara). La plus belle est El-Moallaqah, l’église suspendue dans laquelle flotte des vapeurs d'encens et de miel (le bois a absorbé l'odeur des bougies en cire d'abeilles) : plafond en bois en forme de bateau en mémoire de l’arche de Noé, belle collection d’icônes dont la Joconde copte (portrait de la Vierge dont le regard suit le spectateur comme celui de la Joconde), chaire en marbre blanc avec quinze piliers représentant Jésus, les apôtres et les deux évangélistes Marc et Luc. Une jeune bénévole de l’église nous fait une visite guidée et nous dévoile les trappes cachées sous les tapis. Elles avaient pour mission de permettre aux fidèles de s’échapper en cas d’attaque par les Romains. Le quartier semble criblé de sous-terrains et de cryptes. A Sainte-Barbara, nous assistons à une messe dans une chapelle adjacente au bâtiment principal, alors que de petits groupes de fidèles discutent dans la nef. Par le rideau ouvert de l’iconostase, nous apercevons le prêtre qui tourne le dos à l’assemblée et alterne paroles et chants pendant que d’autres personnes s’occupent des cierges et de l’encens.
Lundi 15 août : Un collègue de Stéphane, rentré en France pour les vacances, nous a laissé sa voiture. Nous voilà partis sur les routes du Caire, toujours à la recherche du son et lumière sur les pyramides! Tout va bien jusqu’au moment où nous arrivons dans un quartier populaire, visiblement celui où se concentrent les garagistes et autres réparateurs ou vendeurs de voitures, où les indications sur les panneaux ne sont plus qu’en langue arabe. Ce n’est jamais bon signe et, avant tout, peu pratique pour nous. Demandant notre route à des gens qui ne parlent pas anglais, nous passons par des endroits incroyables : en quittant l’axe principal pour prendre la première à droite, nous arrivons sur une petite route qui en 30 m se transforme en chemin de terre pour nous emmener dans un monde insoupçonnable où se côtoient enfants aux pieds nus, vieillards buvant du thé, équipages d’ânes… donnant à ces ruelles des allures de village d’un autre temps. Nous avons l’impression de nous retrouver en Inde. Nous imaginons sans peine que les habitants, à moins de deux minutes des avenues commerçantes à la circulation folle, ne quittent jamais leur quartier. A force de détours, nous parvenons tout de même à atteindre notre but avec seulement 5 minutes de retard. Le spectacle qui retrace l’histoire des pharaons, exhibe les prouesses techniques les plus modernes et fait revivre les vieilles pierres de manière magnifique. Des voix récitant des textes et poèmes anciens s’essoufflent dans un hommage rendu au Nil, garant éternel de la vie égyptienne.
| |||||||||||||||||||||||||||||
L'Europe des lettres Les photos de Stéphane La Perle des Vosges La Villa du Sendenbach |
|
![]() Dernière mise à jour 16.07.2006 |